
Comme le dit Irvin Yalow, « C’est la relation qui guérit ». Au-delà des formations, des méthodes, je fais tous les jours l’expérience que l’alliance thérapeutique est au cœur de la thérapie, la bienveillance (la vraie, pas la « bisounours ») réparatrice. L’empathie, la congruence, l’authenticité du psy en sont les conditions. Sans ses qualités, le patient n’ose pas évoluer. D’ailleurs, l’alliance ne précède pas le processus, elle est le processus lui-même.
Lors de la première séance, nous faisons connaissance : les patients exposent leurs attentes, leurs réticences, j’évoque ma philosophie et mes méthodes le plus clairement possible. « Je vous propose un espace d’écoute et d’échange, un espace de liberté, confidentiel et cadré ». A l’issue d’une anamnèse rigoureuse et complète, je leurs remets un document « le cadre de votre thérapie ». Un rituel, pour ainsi dire. Un contrat de confiance (salvatrice) en tous cas. Car le cadre participe de l’alliance et l’alliance permet le respect du cadre. Je réponds ainsi à leur besoin vital et légitime de sécurité. Et c’est à partir due cette sécurité de base que nous pourrons être libres et créatifs, inventer des séances chaque fois différentes de la précédente, innover. Il m’arrive, par exemple, de proposer au patient de faire une séance en marchant dans un parc.
Encourager la co-création
L’alliance est fondée sur la co – création dynamique, chaleureuse, un engagement réciproque, entier. Favoriser et maintenir cette alliance est mon « devoir » (et mon talent ?) de thérapeute. J’encourage mes patients à partager ce qu’ils ressentent à mon égard (transfert). « Cela vous fait quoi quand je vous dis cela ? » et je m’autorise parfois, quand cela sert à la relation, d’évoquer ce que je ressens (contre-transfert) : « Je palpe votre émotion. Je me sens touché ». Il m’arrive de faire un retour sur notre relation dans « l’ici et maintenant » de la séance, je leur donne des signes de reconnaissance. « J’observe que notre communication est intuitive et fluide aujourd’hui. Je trouve que nous avons élaboré ensemble un lien précieux. Cela va peut-être vous servir dans vos relations au travail. Vous en pensez quoi ? ». Car nos cabinets sont de véritables laboratoires : ce que nous y vivons, apprenons de notre fonctionnement, dans l’intimité du face à face nous sert à « grandir » à l’extérieur. J’observe des résistances et transferts négatifs de la part du patient ? La capacité du psy à reconnaitre et évoquer les tensions relationnelles fait justement avancer la thérapie, elle répare.
Que retenez-vous de cette séance ?
A la fin de la séance, il m’arrive de les solliciter encore : « Que retenez-vous de cette séance ? Avec quoi partez-vous ? Que ressentez-vous dans votre corps ? » ou bien, je fais une restitution « Pourrait -on dire qu’au nom d’un désir de sécurité, vous éludez et cela entretient vos ressentis de frustration et vos représentations ? » Je les encourage en « rebondissant » sur ce qu’ils font déjà plutôt que sur leurs manques, à « exploiter » leurs acquis. « Ce que vous faites concrètement aujourd’hui, c’est de vous appuyer sur vos ressentis et de décoder les signaux du corps. C’est énorme ! ». La séance suivante, je les invite parfois à récapituler, sorte de point d’étape, ce qu’ils ont appris, où ils en sont… « Avec quoi arrivez-vous aujourd’hui ? Avez-vous été impacté par notre dernière séance ? »
S’adapter à la personnalité
Et je répète lorsque je juge que c’est utile : « Dans mon cabinet, vous pouvez tout exprimer, vos angoisses, vos colères, vos joies, votre peine, vos questions banales ou fondamentales. Vous ne serez jamais jugé. Moi aussi, je suis en thérapie ! C’est votre lieu. Vous pouvez déposer vos valises, vider ses poubelles, sans avoir peur de déranger. Etre écouté absolument est fondamental. Lâchez-vous ! Profitez ! Vous ressortirez plus léger ».
J’essaie de m’adapter à la personnalité des patients, à la situation – posture, ton différents – (ajustement créateur) : certains ont besoin d’être enveloppés, d’autres, confrontés. Parfois, pour les accompagner, je m’appuie sur ma propre pathologie, mes failles, parfois, je les rhabille avec leurs propres mots et je m’approche de leur monde sans les juger ou les influencer.
Découvrir des points communs
Il est agréable pour nous d’eux de découvrir des goûts, des valeurs, des points en commun. J’apprends énormément d’eux, je me nourris de leurs remarques, de leurs références culturelles, ethniques, idéologiques. « Comme vous, j’ai beaucoup aimé ce livre. Il parle très justement de l’attachement ». Chaque patient m’ouvre sur un univers singulier interne (sa psyché), externe (son pays, sa classe sociale, ses habitudes familiales…) que je visualise « comme si j’y étais ». Bref, je me « fais le film » en même temps qu’il se raconte. Et je communique sur ma curiosité, mon intérêt. « J’ignorais cette coutume. Merci pour votre partage ».
Il m’arrive aussi, plus rarement, de parler de ma vie, de mon histoire, de mon expérience si cela peut « servir » le patient. » Moi aussi, j’ai vécu cela ».
Enfin, le patient sent et je sens le patient. Des indices me permettent de « deviner » que l’alliance se construit : il relève lors de notre entretien une sensation, une solution qui a du sens pour lui, il prend conscience d’une problématique, de son fonctionnement. Il peut même manifester son étonnement « Je n’avais pas vu les choses sous cet angle ». Bref, il semble plus centré, plus affirmé.
Nos inconscients dansent ensemble
Un patient me ghoste ? Il ne se présente pas au rendez-vous, ne répond pas à mes messages ? Je prends forcément ma part de responsabilité car nous sommes d’eux dans la relation : « Ai-je été trop brusque, m’a-t-il trouvée intrusive, ou, au contraire, pas assez directive ? etc..Je m’interroge sur son attitude : a-t-il eu peur d’avancer, de se dévoiler, de rencontrer son noyau névrotique, croit-il qu’il existe une méthode miracle encore plus efficace ? ».
Lorsqu’il met un terme à la thérapie en envoyant un simple texto, alors que nous ne l’avons pas décidé ensemble, j’insiste pour qu’il se présente à la « séance de clôture » afin de boucler le processus. Il est important pour nous d’eux de nous quitter « proprement ». Cela peut être émouvant pour l’un et pour l’autre.
A contrario, lorsque je lui propose en argumentant, en le valorisant, d’espacer nos rendez-vous, je choisis mes mots afin de ne pas le blesser. Je me souviens de patients qui ont pris mon initiative pour du rejet ! La thérapie est un art si délicat…
Certains reviennent d’ailleurs quelques mois ou années plus tard pour une nouvelle « tranche » ou me recommandent à leurs réseaux. Ma porte reste ouverte et mon coeur aussi.