La blessure/peur d’abandon

Vous êtes dans la quête permanente de marques de reconnaissance de vos proches ? Vous vivez dans la crainte de ne pas être aimé ? Vous testez les sentiments des autres en permanence ? Vous êtes angoissé quand vous devez dire au revoir ? Vous souffrez peut-être d’une blessure/peur d’abandon et son cortège de dépendance affective, de déficit de confiance en vous, de dévalorisation permanente, de peur de la solitude, du rejet, de culpabilité, de tristesse …et les hypersensibles/hauts-potentiels sont de bons candidats !

Si nous distinguons le véritable abandon (enfant né sous X, confié en famille d’accueil, parent absent…) du sentiment d’abandon engendré par une séparation (divorce des parents, deuil…), une carence d’attention (l’enfant ressent que ses parents, pourtant présents, ne répondent pas à ses besoins), le « résultat » reste le même : impression de vide, de manque, dépendance affective…

Et la peur de l’abandon ?

C’est une émotion qui permet de nous protéger du danger. L ’enfant étant dépendant de ses parents ou de ses figures parentales pour sa survie, il sait que s’ils disparaissent, il peut mourir. C’est une terreur que nous avons tous. Tout simplement biologique mais qui peut devenir pathologique si cette peur persiste à l’âge adulte avec des répercussions au niveau professionnel (vouloir être reconnu de tous dans son job), familial (vouloir être l’enfant modèle et le « chouchou ») et sentimental (vouloir être aimé inconditionnellement par le partenaire).

Le trouble de l’attachement

La blessure d’abandon s’origine donc souvent dans nos relations infantiles. Le lien primitif à la mère a certainement été insécure (anxieux, évitant ou ambivalent). https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2015-2-page-14.htm . En découle un trouble de l’attachement.

L’enfant qui souffre de manque affectif (réel ou imaginaire mais ce qui compte c’est sa propre perception) peut développer des formes de manipulation inconscientes d’un ou des parents ( souvent le parent de sexe opposé ) afin d’attirer son attention. Il provoque pour tester son amour et préfère un« mauvais lien » à l’indifférence mortifère.  Ainsi, comme il se construit par imitation, il va introjecter les comportements que ses géniteurs ont eu avec lui et s’abandonner à son tour. Il s’oublie, doute de sa propre existence, devient presque invisible !

Le contrôle permanent n’est pas rassurant

De même, les enfants surprotégés par leurs parents, privés de leur libre-arbitre et de liberté peuvent aussi développer ce syndrome. Car le contrôle permanent n’est pas rassurant et limite la confiance en soi « si j’étais capable de faire les choses toute seule  mes parents ne seraient pas obligés de les faire à ma place » confie Annaëlle qui n’arrive toujours pas à prendre des décisions d’elle-même.

Des attentes excessives

Au-delà des carences précoces, la blessure peut se révéler plus tard, après des événements traumatiques comme un deuil, des violences ou une simple rupture : changement d’école, déménagement, naissance d’un petit frère, infidélité d’un ami, harcèlement …

La personne « abandonnique » a des attentes sentimentales excessives. « Je recherche un absolu dans mes rapports aux hommes, un amour inconditionnel et je redoute qu’ils me laissent. Je panique à l’idée de me retrouver seule » explique Catherine qui enchaîne les relations toxiques. Lucide, elle poursuit « Je peux même péter les plombs quand je ne me sens pas assez aimée ». Elle réactive et rejoue « automatiquement » la même douleur d’enfance et cherche à combler une faille originelle. D’autres, au contraire, s’empêchent d’exprimer leur colère par peur d’être quittés : ils ne donnent jamais leur avis, se soumettent aux volontés de leur partenaire, acceptent d’être malmenés. S’ils ne se respectent pas eux-même, comment espérer être respectés !

Ne pas s’engager

Soit les « abandonniques » ne s’engagent pas vraiment dans la relation ou la sabotent inconsciemment (personnalité évitante ou contre-dépendante), soit, s’attachent excessivement, s’agrippent au partenaire, confondent amour et attachement. Catherine se considère facilement « mise à l’écart », se replie alors sur elle-même, et ressent de la culpabilité. « C’est de ma faute, je ne suis pas digne d’être aimée, je suis bête et moche ». Et de valider ses croyances…

Un profil de battant

Et chacun trouve son propre mécanisme de défense comme en témoignent de jeunes patients lycéens. Damien masque ses angoisses sous un profil de battant. Hyperactif, il donne le change. Ludovic fuit dans l’alcool qui estompe un temps, ses ruminations et ses tendances suicidaires. Ludivine dévore pour remplir les creux de son psychisme, prendre de la place. Elle exprime un dégoût d’elle-même, a honte de son apparence. Béatrice a développé une maladie auto-immune lorsqu’elle a été mise en pension. Elle somatisait probablement pour que ses parents réagissent car ils semblaient ne s’intéresser à elle que lorsqu’elle était malade. Et que dire de Rose, abusée par un oncle et dont les repères (re-pères !) sont anéantis.

Besoin de reconnaissance

Le besoin névrotique de reconnaissance se niche partout. Isabelle est dévouée, serviable, perfectionniste. « Je me sens toujours redevable. Comme si on ne pouvait m’aimer pour moi. Plus je doute des sentiments de mon amoureux et de mes amis, plus je leur offre des cadeaux » avoue-t-elle. Et si elle a l’impression que l’autre prend de la distance, ne la remercie pas assez, elle réagit de façon disproportionnée, pleure à chaudes larmes, l’assomme de reproches … dès qu’elle a une nouvelle connaissance, elle est, d’emblée, dans l’intimité, la confidence, se vexe si ce n’est pas réciproque, adopte la plainte. « C’est trop injuste, j’ai tout fait ».  J’ai tout fait/j’étouffais… en outre, elle est jalouse de façon maladive et a toujours besoin d’être dans la séduction, de plaire.

En thérapie

Isabelle a commencé sa thérapie à reculons. Elle avait peur que je l’abandonne. Son « moi enfant » ne comprenait pas qu’on puisse l’accompagner dans la bienveillance. En lui faisant comprendre progressivement qu’elle reproduisait les mêmes scénarios de dépendance avec moi que dans la « vraie » vie (le traumatisme nous fige dans notre enfance), j’ai réveillé son « moi adulte » et elle a persévéré dans la démarche. Il a fallu d’abord qu’elle s’extirpe de la « victimisation », qu’elle apprenne à aimer son « enfant intérieur », la partie blessée en elle, et à communiquer avec lui. Par des techniques psycho-corporelles, nous nous sommes attachées à reprendre contact avec le traumatisme, à nommer le malaise pour le mettre enfin à distance.

Le désir à nourrir

Aujourd’hui, elle analyse qu’elle n’a plus besoin de ses parents pour assurer sa survie et ce n’est pas un compagnon de toutes façons qui va endosser ce rôle. Elle conscientise qu’elle était en colère contre eux et s’autorise à l’être. Cela lui a permis d’accepter l’émotion et de réfléchir sur le désir archaïque « à nourrir ». En outre, elle a réalisé qu’elle n’était pas obligée de répondre aux attentes des autres ou de « quémander » de la sécurité pour être appréciée. Enfin, nous avons identifié ses ressources, ses talents, ses valeurs, les signes de reconaissance positifs qu’elle recevait de son entourage pour qu’elle puisse prendre du recul par rapport à ses croyances limitantes et améliorer l’estime d’elle-même.

Evidemment, ne s’agit pas de « guérir » absolument mais de reconnaître ce qu’il se passe en vous dans votre corps et votre esprit. Si vous avez mis en place des habitudes, des stratégies, c’était pour vous protéger. Notre cerveau va toujours dans le sens de la survie !  Aujourd’hui, vous avez décidé de sortir progressivement de ce schéma en faveur de votre autonomie, d’apprendre à vos propres enfants à se séparer en toute confiance afin de vivre enfin des relations plus harmonieuses ? Et c’est tant mieux.